Les laïcs en renfort

Un monastère est, en principe, une communauté autonome dans son fonctionnement. Mais la lourdeur des corvées domestiques et la nécessité de ménager du temps pour la pratique liturgique ont, dès les premiers siècles, incité les moines à chercher de l’aide à l’extérieur de l’abbaye.

le cuisinier et la soeur intendante

Au fur et à mesure du développement du monachisme en Europe, entre les IVe et XIe siècles, les abbayes reçoivent des terres en donation ou en héritage. Progressivement, les moines, qui ne peuvent plus assurer seuls l’exploitation et l’entretien de domaines devenus trop vastes, emploient alors des serfs afin de se décharger d’une partie du labeur.

Les plus grands monastères, tels que celui de Cluny, se transforment en véritables domaines seigneuriaux administrant terres et hommes. Les taxes qu’ils perçoivent, les dons des fidèles et le commerce remplissent les coffres de ces lieux de prestige. Pendant que les serfs assurent en grande partie la subsistance et l’entretien des abbayes, les moines se consacrent davantage à la prière, multiplient des temps dévolus à la pratique liturgique, jusqu’à parfois chasser le travail manuel de leur quotidien. Une certaine oisiveté et une opulence qui ne cadrent plus avec la règle de saint Benoît.

Frères convers

À la fin du XIe siècle, des moines de la région de Tonnerre, en Bourgogne, prônent un retour à la rigueur des pères du monachisme, réaffirmant les vœux de pauvreté, d’humilité et de charité. La fondation de l’abbaye de Cîteaux en 1098 marque le début de cette réforme qui se propage avec la création d’autres monastères et donne ainsi le jour à l’ordre cistercien.

Cette configuration ne permet cependant pas aux réformés de trouver leur équilibre : d’une part, certains acceptent mal la réduction de l’office divin. D’autre part, si les moines travaillent davantage, ils ne parviennent pas pour autant à assurer l’autonomie des monastères. Le deuxième abbé de Cîteaux introduit alors le statut de frère convers (ou frère laïc).

Ces convers coordonnent et supervisent l’exécution des tâches manuelles : ils sont souvent en charge de la boulangerie, de la ferme, des cuisines, etc. Ils ont plus de responsabilités domestiques et plus d’autonomie que les autres frères. Ces derniers constituent une main d’œuvre pour les travaux communs : ils cultivent tous ensemble le jardin, préparent la nourriture ou encore moissonnent... Ils sont appelés frères choristes par opposition aux frères convers qui ne sont pas tenus d’assister à tous les offices dans le chœur. Les convers pratiquent en effet une liturgie simplifiée, directement sur leur lieu de travail et identique d’un jour sur l’autre.

Les frères laïcs se voient attribuer les mêmes prérogatives que les choristes, à l’exception du droit de présence au chapitre et, en conséquence, du droit de vote dans la communauté. Malgré la prétendue égalité des frères entre eux, les convers sont globalement considérés comme des moines de second plan : souvent moins éduqués, issus de familles plus pauvres, ils ne parlent pas latin, portent des tenues différentes et ont leurs propres quartiers au sein du monastère.

En 1965, le concile Vatican II demande aux monastères de réviser leurs constitutions et abolit les distinctions entre ces deux statuts.

Aides domestiques salariées

La liturgie est alors allégée pour ménager du temps de travail à l’ensemble de la communauté. Mais, avec le vieillissement des religieux et la diminution des vocations, l’entretien des monastères devient compliqué. Aussi, il n’est pas rare que des salariés laïques soient employés pour suppléer les moines et les moniales… comme au Moyen-Âge. À la différence près que les activités de production, elles, résistent à la sous-traitance.

Du fait de la charge salariale, employer des gens de l'extérieur élèverait considérablement les coûts de production et ne permettrait plus de faire des bénéfices, or, à travers ces activités, les frères et sœurs ont aussi pour objectif de gagner leur vie. En outre les abbayes qui procèderaient à un tel recrutement verraient leurs produits privés du label "Monastic" qui représente une vitrine commerciale importante.

Certains regrettent la disparition pure et simple du statut de convers. Selon eux, une réflexion plus poussée aurait peut-être permis aux monastères de garder l’équilibre que la création des frères laïcs avait apporté, tout en faisant disparaître les discriminations dont ils faisaient l’objet. D'autres estiment toutefois que cette vocation particulière de convers tout à fait centrée sur le travail s'est estompée parmi les jeunes générations en même temps que l'évolution de la place du travail manuel dans notre société.

aujourd'hui
à Campénéac

L’abbaye la Joie Notre-Dame emploie des travailleurs agricoles depuis sa fondation en 1953. Aujourd’hui, un cuisinier salarié prépare les repas midi et soir tous les jours à l’exception du week-end. Il est secondé par trois personnes, employées à temps partiel et qui aident aussi à l’hôtellerie, à l’infirmerie et pour la lessive. Un ouvrier s’occupe de divers travaux (menuiserie, plomberie, électricité, jardin ...). Enfin, deux infirmières libérales de Campénéac viennent aider à prodiguer les soins aux sœurs malades.

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